Le marché des actions

Le dernier trimestre a tout simplement été terrible pour les investisseurs en actions. La faiblesse était significative et répartie mondialement. Il s’agit du résultat d’une perte de confiance des investisseurs provoquée par des inquiétudes liées au ralentissement de la croissance économique et les tensions commerciales. Malgré les preuves de ralentissement, l’économie américaine continue de se porter relativement bien. C’est pour cette raison que la Réserve fédérale poursuit son chemin vers la normalisation des taux d’intérêt. Les investisseurs craignent que cette hausse des taux ralentisse la croissance alors qu’on se retrouve à un stade avancé du cycle économique.

Les actions canadiennes, comme toutes les grandes catégories d’actions, ont été très faibles au cours du dernier trimestre de 2018. L’indice composé S&P/TSX a connu une baisse de 10,1 % pour le trimestre, ce qui porte le rendement annuel à un niveau décevant de -8,9 %. Cette année fut la pire depuis 2008, mais nous avons connu des revers semblables en 2011 et en 2015. Pendant ce trimestre, les investisseurs cherchaient des refuges, car seuls 3 des 11 secteurs ont affiché des gains. Les secteurs de consommation de base (+6 %), des communications (+2 %) et des matériaux (+1 %) étaient tous perçus comme des valeurs sûres. L’élan du cannabis s’est finalement essoufflé, de sorte que le secteur des soins de santé (‑35 %) fut le plus faible. Ce sont cependant les secteurs de taille plus importante qui ont causé le plus de tort : l’énergie (-17 %), les produits industriels (-12 %) et les services financiers (-12 %) ayant tous connu un trimestre très difficile. Pour l’année, l’ampleur fut tout aussi faible, seuls les secteurs de la technologie (+13 %), de l’immobilier (+2 %) et de la consommation de base (+2 %) ayant produit des gains. L’énergie (-18 %), les soins de santé (-17 %) et la consommation discrétionnaire (-15 %) ont connu les pires rendements.

Aux États-Unis, l’indice S&P 500 a dégringolé de 13,5 % (rendement total, en dollars américains), entraînant un rendement annuel négatif de -4,4 %. Le huard s’est affaibli au cours du trimestre, procurant un certain coussin aux investisseurs canadiens, avec un rendement de -8,6 % en dollars canadiens au quatrième trimestre et un rendement positif de 4,2 % pour l’année. Une convergence de facteurs, soit le commerce mondial et les tarifs, la croissance culminante du PIB américain, l’effondrement des prix du pétrole et une autre hausse des taux d’intérêt de la Réserve fédérale américaine (quatre augmentations en 2018), a exercé une influence sur le marché boursier. Au cours du trimestre, nous avons vu les prix du pétrole chuter en raison de l’augmentation de l’offre et de l’intensification des préoccupations liées à la croissance. Cette situation a fait d’énormes ravages parmi les grandes sociétés énergétiques (-24 %), marquant la fin d’une année très difficile pour ce secteur. Une grande faiblesse a marqué les grandes sociétés du secteur de la technologie (-17 %) et des services de communication (-13 %) menées par les acteurs FAANG. Les titres des sociétés des secteurs des produits industriels (-17 %) et de la consommation discrétionnaire (-16 %), dont bon nombre sont considérés comme très cycliques, ont également été vendus sans pitié au cours du trimestre. Nous avons assisté à une rotation vers les secteurs défensifs pendant laquelle l’immobilier (-4 %), la consommation de base (-5 %) et les services publics (+1 %) ont affiché un rendement supérieur. Pour l’année complète, le secteur des soins de santé est celui qui a produit le meilleur rendement, suivi par les services publics et la consommation discrétionnaire.

Les actions internationales n’ont pas été épargnées, l’indice MSCI EAEO ayant reculé de 7,58 % en dollars canadiens, terminant l’année en baisse de 6,03 %. Les préoccupations croissantes liées aux tensions commerciales, à l’incertitude politique, au resserrement des politiques monétaires et ses conséquences ultimes possibles sur la croissance économique mondiale ont entraîné une rotation très visible vers des secteurs plus défensifs : les services publics (+6 %), l’immobilier (0 %), la consommation de base (-3 %), les services de communication (-5 %) et les soins de santé (-5 %) ayant tous surpassé le marché. Au contraire, les secteurs cycliques comme l’énergie (-13 %), la technologie (-12 %), les matériaux (-10 %), la consommation discrétionnaire (-10 %) et les produits industriels (-10%) ont tous connu une baisse à deux chiffres. Aucun pays n’a été à l’abri du carnage au cours du trimestre, mais la Suisse (-4 %), qui est plus exposée à la santé et à la consommation de base et l’Australie (-5 %), en raison de ses banques plus défensives et de ses métaux de base, ont mieux résisté. L’Allemagne (-11 %), la France (-10 %) et le Japon (-9 %) ont accusé les pires rendements parce qu’ils sont de manière générale plus exposés à la consommation discrétionnaire, aux produits industriels et à la technologie. Toutes les principales devises étaient plus fortes que le dollar canadien, ce qui a amélioré le rendement de 3 % (dollar australien) à 10 % (yen japonais).

De façon générale, nous croyons que les investisseurs devraient continuer d’être exposés aux actions. Bien que la récente réaction des marchés boursiers nous semble exagérée, le fait que les investisseurs soient moins complaisants par rapport aux marchés est une bonne chose. Nous sommes à un stade avancé du cycle économique. Nous prévoyons un maintien de la volatilité mais c’est impossible de prévoir les rendements à court-terme étant donné le tiraillement entre le sentiment négatif actuel et la valorisation attrayante des titres. Toutefois, nous n’anticipons pas une récession imminente et les multiples d’évaluation des actions n’ont pas été aussi attrayants depuis un bon bout de temps. Nous croyons que la Réserve fédérale pourrait signaler la fin de son cycle de resserrement, ce qui pourrait être un catalyseur positif.

Le marché obligataire

Le dernier trimestre de 2018 a terminé l’année sur une note pessimiste, alors que la volatilité des marchés augmentait, alimentée par des préoccupations croissantes à l’égard du ralentissement de la croissance mondiale dans le contexte de la hausse des taux d’intérêt et des banques centrales se montrant fermes. L’affaiblissement des données économiques, en particulier en provenance de la Chine, a été l’un des principaux catalyseurs de la vente massive d’actions et de produits de base en décembre. La paralysie et le dysfonctionnement du gouvernement américain, les tensions commerciales mondiales et la réduction des dépenses de consommation en raison de la hausse des taux d’intérêt ont été les autres importants facteurs d’influence. En Amérique du Nord, les courbes de rendement ont continué de s’aplatir alors que les banques centrales des deux côtés de la frontière poursuivaient l’augmentation des taux. L’aplatissement et l’inversion de la courbe attribuables à la baisse du rendement des obligations à long terme ont exacerbé l’aversion pour le risque alors que la courbe de rendement inversée, à titre d’indicateur d’une récession, imprégnait le marché. Pendant le trimestre, l’aplatissement de la courbe de rendement a été amplifié par le discours plus ferme des grandes banques centrales engagées sur la voie de la normalisation de la politique monétaire. Au cours du trimestre, la Banque du Canada a relevé son taux directeur de 25 points de base pour le porter à 1,75 %, tandis que la Réserve fédérale américaine haussait sa fourchette cible à 2,25-2,50 %. Plus loin dans le spectre des termes obligataires, les rendements des obligations canadiennes à 2 ans ont diminué de 35 points de base pour s’établir à 1,86 %, tandis que les rendements à 5 ans ont chuté de 45 points de base pour s’établir à 1,88 %. Les taux de rendement à 10 ans au Canada ont diminué le plus au cours du trimestre, soit de 46 points de base pour passer à 1,96 %, tandis que les obligations à 30 ans ont reculé de 24 points de base pour s’établir à 2,18 %. À l’avenir, on s’attend à ce que la Banque du Canada et la Réserve fédérale américaine se rapprochent de leur taux neutre de politique monétaire visé de 2,50 % à 3,50 %, mais elles se montreront probablement plus prudentes avec le rythme des nouvelles hausses des taux en tenant compte des perspectives et de la vigueur des données économiques.

Fondamentalement, les données économiques canadiennes publiées au cours du trimestre ont été solides et l’économie a continué d’enregistrer de bons résultats avec une croissance de 2,1 % pour 2018, dépassant la croissance tendancielle. Malheureusement, la croissance au Canada devrait ralentir à 1,7 % en 2019 en raison de la faiblesse des cours du pétrole, de la hausse des taux d’intérêt, des tarifs commerciaux et du ralentissement général de la croissance de la demande mondiale. L’incidence de la hausse des taux d’intérêt à court terme sur les dépenses de consommation et le logement demeure préoccupante et pourrait contribuer à ralentir le rythme des hausses de taux de la Banque du Canada en 2019. Au cours du trimestre, le taux de chômage s’est amélioré pour s’établir à 5,6 %, tandis que l’inflation est demeurée modérée à 1,7 % par rapport à l’année précédente, ce qui pourrait permettre à la Banque du Canada de ralentir le rythme des futures hausses de taux.