Le marché des actions

Quel revirement! Après un dernier trimestre de 2018 misérable, la patience des investisseurs en actions fut récompensée en ce début d’année 2019. De solides rendements étaient répartis parmi les grandes catégories d’actions. Les banques centrales ont signalé leur intention de cesser l’augmentation des taux d’intérêt pour le moment. Ce geste devrait être bénéfique pour la croissance économique grâce à un accès peu coûteux à du capital. De plus, les États-Unis et la Chine semblent faire des progrès pour en arriver à une entente commerciale. Aux yeux des investisseurs, il s’agit là de facteurs positifs pour les perspectives économiques.

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Les actions canadiennes ont connu un rebond spectaculaire tel que démontré par l’indice composé S&P/TSX et son rendement trimestriel de 13,3 %. Les 11 secteurs ont tous affiché des gains pendant la période. Plusieurs titres à caractère spéculatif ont connu un très bon rendement, menés par les secteurs des soins de santé (+49 %) et de la technologie (+26 %) qui ont été les plus solides. Les secteurs sensibles aux taux d’intérêt ont également réagi à la baisse des taux en produisant des rendements anormalement élevés par rapport à leur capacité de croissance. L’immobilier (+18 %) et les services publics (+16 %) ont connu un très bon trimestre. Même les secteurs les moins performants de la consommation de base (+8 %) et de la consommation discrétionnaire (+10 %) ont été très solides en valeur absolue.

Aux États-Unis, comme ailleurs, ce trimestre a illustré pourquoi nous prêchons en faveur du maintien de l’investissement à long terme. L’indice S&P 500 est revenu en force d’un quatrième trimestre difficile pour afficher un rendement total de 13,6 % en dollars américains au premier trimestre. Le huard s’est un peu raffermi, ce qui s’est traduit par un rendement de 11,2 % pour les investisseurs canadiens. Le cours du pétrole a fortement rebondi pendant l’ensemble du premier trimestre, même si nous constatons que les rendements du secteur de l’énergie n’ont pas entièrement suivi cette tendance. Encore une fois, le secteur des technologies a repris sa position de tête, affichant une hausse de près de +20 % au cours du trimestre. La vigueur était cependant généralisée, le secteur qui a été le moins performant, celui des soins de santé, affichant malgré tout un rendement de +7 %. Les rendements du premier trimestre ont été les suivants : technologie : +20 %; immobilier : +18 %; produits industriels : +17 %; énergie : +16 %; consommation discrétionnaire : +16 %; services de communication : +14 %; consommation de base : +12 %; services publics : +11 %; matériaux : +10 %; services financiers : +9 %; soins de santé : +7 %.

Les actions internationales ont également participé au rebond des marchés. L’indice MSCI EAEO a enregistré un rendement trimestriel de 7,6 % en dollars canadiens. Bien que la plupart des données économiques aient été léthargiques au cours du trimestre, l’optimisme du marché à l’égard d’un accord commercial entre les États-Unis et la Chine a suffi à faire grimper le cours des actions. Le rendement par secteur fut une surprise puisqu’il n’y avait aucun mouvement clair vers les secteurs défensifs ou cycliques. Le secteur de la technologie (+13 %) a mené le bal après avoir connu ce que nous croyons être un mauvais rendement injustifié au dernier trimestre. Le secteur des matériaux (+11 %) s’est également bien comporté puisque
certains événements micro et macroéconomiques ont contribué à l’augmentation des prix des matières premières. L’immobilier (+12 %), la consommation de base (+10 %) et les soins de santé (+9 %) ont tous connu des rendements supérieurs, une situation que nous expliquons par les faibles taux d’intérêt. D’un autre côté, les services financiers (+5 %) ont accusé un retard par rapport à l’indice de référence en raison de la faiblesse des données économiques qui a entraîné une baisse des taux d’intérêt; la consommation discrétionnaire (+5 %) fut touchée par la faiblesse des fabricants d’équipement automobile d’origine (FEO), et les services de communication (+2 %) ont donné un rendement inférieur en raison des faibles rendements des sociétés de télécommunications.

Au trimestre dernier, nous avons mentionné que la Réserve fédérale pourrait agir en tant que catalyseur positif en signalant l’arrêt du resserrement monétaire. C’est en effet ce qui s’est déroulé et les investisseurs ont réagi en achetant des actions. Aujourd’hui, nous avons des conditions monétaires favorables, bénéfiques pour l’économie et les marchés boursiers. En échange, la valorisation des actions a remonté aux niveaux précédents. D’un point de vue historique et considérant les taux d’intérêt actuels, la valorisation demeure raisonnable mais nous sommes conscients que nous traversons la dernière phase d’un cycle économique expansionniste. La volatilité des marchés fera sûrement un retour. Nous continuons de recommander une surpondération en actions mais nous favorisons des modèles d’affaires plus défensifs et des bilans financiers solides.

Le marché obligataire

Après une fin d’année lamentable pour les marchés financiers, le premier trimestre de 2019 a montré que les problèmes qui ont entraîné la correction généralisée des marchés sont loin d’être résolus. Le premier trimestre de 2019 a connu d’importantes différences en matière d’orientation des prix, comme en témoigne une reprise concertée au premier trimestre dans plusieurs catégories d’actifs, notamment les actions, les matières premières et les écarts de rendement des obligations, alors que simultanément les rendements obligataires mondiaux continuaient de baisser rapidement. La hausse persistante des cours mondiaux des obligations au premier trimestre a été soutenue à la fois par un net revirement des positions politiques des banques centrales en raison de la baisse des projections des données économiques fondamentales et de l’influence de plusieurs facteurs de risque qui assombrissent les perspectives de croissance mondiale. Essentiellement, l’inflation s’est maintenue à un niveau inférieur à la cible stratégique de 2 % visée par la politique monétaire, l’IPC de base canadien étant de 1,8 % (février) et le PCE de base américain de 1,8 % (janvier). En outre, les perspectives pour le PIB de 2019 sont demeurées faibles, la révision négative des données de croissance du quatrième trimestre et l’absence d’un catalyseur positif présentant un tableau sombre pour 2019. Au Canada, les perspectives de croissance pour 2019 ont été révisées à la hausse à 1,5 % après une très surprenante progression en janvier. Aux États-Unis, la croissance s’est ralentie au quatrième trimestre pour s’établir à 2,6 % (par rapport à 3,4 % au troisième trimestre), tandis que les perspectives de croissance du PIB de 2019 sont de 2,3 %. À ces niveaux, le risque d’une récession est faible, car les gains positifs demeurent acceptables. Les négociations commerciales en cours et les échéances imminentes représentent un important risque pour les perspectives de croissance mondiale, car les négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine, l’AEUMC, le Brexit (Royaume-Uni et l’UE) et les échanges entre les États-Unis et l’UE dominent les manchettes et pourraient avoir une incidence importante sur les flux commerciaux. Le commerce mondial, conjugué à la paralysie du gouvernement américain et au retard que cette dernière a entraîné pour la publication des données économiques, a contribué à l’aversion aux risques et à l’incertitude économique. La convergence des facteurs de risque et le ralentissement de la croissance mondiale observés au quatrième trimestre ont entraîné un revirement soudain de la position des banques centrales, la Réserve fédérale américaine, la Banque du Canada et l’UE ayant rapidement changé de cap en janvier en ramenant à zéro les hausses de taux prévues pour 2019. À la suite de ce renversement de la politique, les marchés obligataires ont commencé à intégrer des baisses de taux plus loin dans la courbe, ce qui a largement contribué à l’inversion du segment à court terme (de deux à cinq ans) de la courbe de rendement.

La baisse des taux obligataires dans l’ensemble de la courbe était en grande partie parallèle, puisque le ton conciliant rapidement adopté par la Réserve fédérale américaine et la Banque du Canada devrait renverser la tendance à l’aplatissement de la courbe que nous connaissons depuis 2014, les banques centrales ayant démontré leur volonté de soutenir la croissance par l’entremise de leurs taux directeurs. Au cours du trimestre, la Banque du Canada a maintenu le taux du financement à un jour à 1,75 %, tandis que la Réserve fédérale américaine maintenait son taux directeur à 2,25 2,50 %. Plus loin sur le spectre des échéances, les taux de rendement des obligations canadiennes à 2 ans ont diminué de 31 points de base pour s’établir à 1,55 %, tandis que les taux de rendement à 5 ans chutaient de 37 points de base jusqu’à 1,52 %. Les taux de rendement à 10 ans au Canada ont connu une baisse de 35 points de base pour s’établir à 1,62 %, tandis que les taux de rendement à 30 ans perdaient 29 points de base pour atteindre 1,89 %.

En fin de compte, le tableau de risques et les préoccupations entourant la trajectoire de la croissance mondiale ne peuvent être ignorés, surtout compte tenu de l’affaiblissement des données économiques et de la forte baisse de la courbe de rendement au quatrième trimestre de 2018 et au premier trimestre de 2019. L’inversion des rendements est moins préoccupante comme signal d’une récession imminente, car elle demeure propre au segment à court terme de la courbe et reflète davantage le net revirement des perspectives à l’égard des taux directeurs, les hausses de taux ayant directement été remplacées par des baisses de taux. Le soutien immédiat apporté par les banques centrales à la croissance mondiale et la résolution définitive de plusieurs facteurs de risque (accords commerciaux) devraient permettre de contourner le risque de récession. Selon les perspectives actuelles, la croissance devrait ralentir et les banques centrales devraient prendre une pause, tout en conservant la possibilité d’intervenir et de prendre d’autres mesures au besoin.